De l'auteur au lecteur

De l'auteur au lecteur

Avant que vous ouvriez votre livre, de très nombreux intervenants l'ont déjà tenu entre leurs mains. Au XVIe siècle, l'impression impliquait peut-être même un plus grand nombre de personnes que de nos jours. Vers 1574, le maître imprimeur (c'est ainsi qu'on appelait le propriétaire d'une imprimerie) Christophe Plantin emploie plus de 50 personnes dans son atelier. Toutes ont un rôle bien précis. En plus d'une équipe de rédacteurs, compositeurs, pressiers, encreurs, correcteurs et apprentis, le maître imprimeur et ses successeurs font également appel à des artisans externes et des commerçants, tels que papetiers, relieurs, éditeurs, libraires, graveurs, graveurs sur bois et agents commerciaux. En somme, c'est une machine bien huilée qui transmet l'ouvrage de l'auteur au lecteur.
Première étape : préparation du contenu
S'il ne s'agit pas d'éditions propres, les textes proviennent d'auteurs, des autorités ou de l'Église. Finalement, quels sont les ouvrages mis en vente par l'imprimerie Plantin ? C'est en général le maître imprimeur qui le décide. Pour diviser les coûts, il travaille parfois avec d'autres libraires ou auteurs.
Troisième étape : préparation du texte
Quelles dimensions, quelle qualité de papier, quelle police de caractère et quelles illustrations ? Le maître imprimeur prend toutes ces décisions en étroite collaboration avec le rédacteur final. Un rédacteur prépare alors le texte. Il relit l'ensemble avec attention, corrige et fait des modifications lorsque c'est nécessaire, puis il réalise une copie manuscrite à l'intention des compositeurs. Cette copie leur permettra de savoir comment disposer le texte sur la feuille.
Cinquième étape : encrage et impression
Ensuite, l'encreur trempe son tampon en cuir dans l'encre et badigeonne le dessus des caractères en plomb. Une feuille de papier humidifiée est fixée sur une plaque en bois (appelée tympan). Le papier reste alors bien en place. Puis les pressiers mettent la presse en marche à l'aide d'un levier afin que l'encre entre en contact avec le papier.
Septième étape : assemblage et organisation des cahiers
Les assembleurs regroupent toutes les feuilles de papier imprimées dans le bon ordre et veillent à ce qu'il ne manque aucune page et à ce qu'elles se trouvent toutes au bon endroit. Comme pour la relecture, cette opération de précision implique aussi les femmes. Si l'on en croit les notes de comptabilité de Martina Plantin, l'assembleur Merten par exemple est venu accompagné de sa fille en 1583.
Neuvième étape : vente
La famille Plantin-Moretus tient plusieurs boutiques à Anvers, mais leurs livres sont principalement diffusés par des libraires indépendants, exportés ou proposés en troc. Lors de la célèbre foire de Francfort, les plus grands noms du monde de l'édition présentent leurs toutes dernières publications.
Deuxième étape : contrôles et approbations
Un maître imprimeur ne peut pas lancer son établissement sans avoir obtenu l'autorisation officielle préalable de différentes autorités. Et même dans ce cas, contrôles et approbations restent indispensables. Toute personne qui ne s'y soumet pas risque des sanctions et des saisies.
Quatrième étape : composition typographique
Cette copie à la main, les compositeurs déposent une ligne de caractères en plomb sur le composteur. Puis une autre ligne jusqu'à ce que le texte soit entièrement composé. Les lignes sont enfin assemblées sur une galée en bois. Les compositeurs adaptent parfois la copie pour que le texte puisse correspondre au nombre de caractères disponibles par ligne et par page. Il peut leur arriver de modifier une orthographe ou d'abréger certains mots. Plusieurs pages peuvent être imprimées en même temps sur une seule feuille de papier. Elles forment une composition. Avant d'être déposée sur la presse, la composition est maintenue en place par un châssis en bois.
Sixième étape : relecture et correction
Les apprentis suspendent les feuilles imprimées pour qu'elles sèchent et les correcteurs traquent les moindres fautes. Pendant ce temps, les pressiers et les encreurs continuent d'imprimer. Dans le pire des cas, la composition doit être modifiée sur la presse. C'est ce qui explique pourquoi les textes des livres se déclinent parfois en plusieurs variantes. Car le papier coûtait très cher autrefois.
Huitième étape : finitions
Au XVIe siècle, les livres sont souvent vendus en cahiers séparés. Mais des imprimeurs comme Plantin travaillent aussi avec des relieurs pour proposer des exemplaires reliés prêts à l'emploi. Pour la couverture, les acheteurs peuvent faire leur choix entre différents matériaux chez le relieur : papier, carton, parchemin, cuir et même textile.
Dixième étape : lecture
Une fois entre les mains des lecteurs, les livres deviennent des objets uniques et personnalisés. Chacun y ajoute des annotations, replie les coins de page, change l'ordre ou ajoute son nom, un ex-libris et des inscriptions. Certains les considèrent comme des objets d'étude, d'autres comme un symbole religieux ou une archive. Il n'y a pas deux exemplaires de la même édition parfaitement identiques. Quel que soit le nombre de tirages, chaque livre est unique et possède un objectif, un caractère et un aspect qui lui sont propres.